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La violence à l'encontre des représentants du pouvoir

Le pouvoir public est visé dans 10 cas de violences verbales sur un total de 26. Cela représente environ 40% des agressions verbales recensées. Premiers visés, les sergents qui sont alors mal vus de la population. Chargés de transmettre les injonctions de la Cour, ils sont de ce fait les premiers exposés à la colère des manants. C’est ce qui arrive en 1712, à Jean François et Lambert le Bouvÿ, deux sergents de la Cour de Lierneux, qui se rendent chez Jaspar du Spineux, de Sart Ste-Walburge, afin de lui apporter un décret de la cour. Ils sont très mal accueillis car Jaspar se met en colère, les somme de partir, prend les armes, les menace et blasphème le très saint nom de Dieu. Il aurait même dit, « comme un athée », qu’il deviendrait voleur ! L’amende réclamée s’élève à dix florins.

Les échevins peuvent aussi être pris à partie. Ainsi le mois d’août 1717 voit Hourtaÿ Detro insulter et menacer de mort Henry Prévôt, échevin de Bra. L’amende réclamée par ce dernier est de trois florins .

La taille peut également être la raison d’excès. Libert Gidert « vomit ainsi des injures » contre deux officiers de cette même cour de Bra venus lui réclamer l’argent de l’impôt alors impayé . L’augmentation de cette taxe peut aussi expliquer les insultes. Ainsi, en 1781, Jean Joseph Lambert du trou de Ferrières injurie deux échevins de la Cour parce qu’ils ont rehaussé la taille .

En 1746, c’est un forestier qui est pris à partie. Henry Léonard, de la Vaux, surprend Paul Paulis, valet de son état, fauchant de la litière sur les aisances de la communauté de Lierneux, du côté d’Odeigne. Ce jour là, notre valet garde son calme mais dix jours plus tard, il va trouver le forestier, l’insulte, le menace et veut le « sacager ». La requête réclame une amende de 20 florins .

Au delà des conflits inter-personnels, les injures peuvent également viser la Justice avec un grand J. C’est le cas en décembre 1740 : Louis Grand Jean de Lierneux qui « seroit venu à un tel excès que de proférer qu’il se foutoit (sous correction très humble) de la cour de justice et qu’il feroit très bien justice lui même. Hors, nous dit l’acte, le juge représente Dieu lui-même sur terre ». Ses propos constituent de ce fait une offense très grave. La requête demande la révocation de telles paroles injurieuses ainsi qu’une amende de 20 florins or . Les archives de la Cour de Bra mentionnent un cas similaire. Jean Georges Watty, des Villettes, aurait dit, un beau jour de novembre 1762, devant le mayeur et un forestier , « qu’il se foutoit des ordonnances de la cour et de l’officier ». « Ces discours tendent à une sédition manifeste et doivent être punis exemplairement » nous dit la requête. Jean nie cependant les faits .

Les sources ne mentionnent qu’un seul cas d’insulte à l’adresse du prince-abbé. Libert Nicolaÿ est ivre ce jour de septembre 1761 et ne se rappelle pas avoir proféré de telles injures à l’encontre du prince et de l’officier héréditaire de Ferrières. Il se soumet toutefois et s’excuse, s’étant toujours bien comporté jusque là. La Cour fait preuve de clémence à son égard, l’amende n’étant fixée qu’à ¼ de florins or . Ce cas unique nous semble être l’indice du respect de la population à l’égard de son prince et de l’autorité légitime.

La Cour semble systématiquement faire preuve de clémence à l’égard des délinquants. Précisons la manière dont se passent les mises en accusations. La première étape de la procédure est une requête, adressée à la cour par un officier de celle-ci après qu’il ait eu connaissance du délit. Dans ce papier, il évoque les raisons pour lesquelles le délinquant doit être poursuivi et propose une amende. Or, ce que l’on constate, c’est un abaissement systématique du montant proposé. En cas d’insulte à l’égard du pouvoir ou d’un de ses représentants, l’amende proposée varie de 3 à 20 florins. Le perdant est toujours redevable des frais du procès mais les sentences en notre possession ne mentionnent jamais une amende supérieure à ½ florins. On voit aussi souvent le délinquant condamné à une demande de pardon.

Au delà des agressions verbales, les représentants de l’ordre peuvent également être victimes de sévices corporels. La différence de proportion avec les violences verbales est cependant très nette car on ne compte que 7 affaires mentionnant des violences physiques à leur encontre. Ce chiffre ne représente que 6% du total de ce type d’affaires et nous semble, encore une fois, être l’indice d’un respect de l’autorité de la part de la population.

L’affaire la plus grave date de 1757 et nous renseigne sur divers désordres. Tout commence lorsque Mathieu Sylvestre, sergent de la Cour de Ferrières, menace Jacques Chabot « de lui faire des frais ».Jean-François Lacroix, berger de Houffet et ami de Jacques, intervient et frappe Mathieu. On prévient en outre ce dernier que son agresseur n’en restera pas là car un guet-apens est prévu contre lui le même soir (nous sommes le 4 juillet 1757). Notre sergent prévient alors l’officier héréditaire de ce qui se prépare. C’est pourquoi ce dernier, accompagné de deux domestiques, se rend sur les lieux (non précisés) afin de vérifier les accusations. Il est environ neuf heures du soir et l’obscurité est complète. Il s’avère qu’un guet-apens est bien prévu contre notre sergent. Les avis divergent quant à ceux qui ont fait le coup. Pour certains ce sont les deux fils de notre berger accompagnés de Jean Henry Charrette et du fils Jean Jacque (tous de Houppet). Pour d’autres, le berger n’était pas présent et seuls ses deux fils et les deux autres comparses étaient sur les lieux. Toujours est-il qu’il y a eu confusion et croyant atteindre Mathieu, les agresseurs lancent une pierre qui atteint l’officier héréditaire. Résultat : blessure à sang coulant. L’affaire mentionne d’autres actes de violences mais que nous ne mentionnerons pas ici car ils concernent de simples manants . Il faut encore une fois insister, et ici plus qu’ailleurs, sur la clémence de la Cour à l’égard des agresseurs. En effet, suite à l’enquête préparatoire, une amende de 100 florins or est réclamée par l’officier héréditaire contre tous les agitateurs . Seul Mathieu Silvestre, impliqué indirectement dans une autre histoire en tant que mambour de ses deux fils, ne se voit pas réclamer une amende de 100 florins mais de 10 florins. Visiblement l’affaire n’a pas plu à l’officier héréditaire qui réclame vengeance. Ici encore et malgré la gravité des faits, il y a clémence de la part de la Cour car les peines effectivement prononcées ne sont pas supérieures à 6 florins . Ce qu’il est intéressant de constater dans cette histoire c’est que, premièrement les causes de la violence sont d’ordre financier et que, deuxièmement, ce sont les liens d’amitié qui jouent dans le processus conduisant à la violence.

Les forestiers sont, à l’instar des sergents, parmi les premiers exposés aux colères paysannes. L’un d’entre eux, Pierre Maffa de Lierneux, va en faire les frais un beau jour de mai 1703. La fille Thomas Robert, de Banneux, est surprise par ce dernier en train de faire paître ses bêtes sur des terres interdites à ce genre d’usage. Selon l’usage, le forestier gage (impose une amende) les bêtes de notre manante. Celle-ci ne l’entend pas de la sorte et appelle le fils Mathieu Halbinet qui intervient en frappant notre brave forestier à coups de bois et en lui jetant des pierres. Des menaces ont également été proférées à l’insu de ce dernier. La requête fait l’éloge de son auxiliaire, demande à faire un exemple et réclame 25 florins d’amende pour chacun des deux délinquants . Nous ne possédons malheureusement pas la sentence pour cette affaire.

Le même genre de mésaventure arrive à François Martin, forestier de Bra, maltraité en août 1726, par Joseph Neuforge alors qu’il « le gageait de sortir ses bêtes à cornes de la jeusne taille ». La sentence impose une amende de trois florins à notre délinquant .

La troisième histoire est semblable à la précédente quant à son origine. Ce qui l’est moins, c’est la manière dont le représentant de l’ordre va se servir de son pouvoir pour réduire à néant un pauvre berger. Voilà ce qui se serait passé : Walrand, échevin de la Cour de Lierneux ayant aperçu Jacques Lambert, berger de Verleumont, en train de faire pâturer ses bêtes « tant sur le paturage commun des manants du Sart, que dans une terre arable lui appartenant, s’est rendu vers lui à effect de panner son troupeau et ensuite de le conduire en ferme ». Ce à quoi le berger se serait opposé et après plusieurs débats aurait « malmené Walrand à coup de houlette, tant dans le dos, qu’à la tête » Il aurait en outre crié à ses chiens d’attaquer l’échevin. Ce dernier en serait « très dangereusement blessé ». La requête nous dit que de tels excès sur une personne « sermentée ne sont permis » et demande la saisie sur tout ce qui peut appartenir au berger pour assurance des frais de chirurgien « laissant l’officier à son entier pour prendre telle conclusion qu’est diste action qu’il trouverat à propos et aux devoirs de sa charge appartenir contre luÿ » .

Il va s’ensuivre un procès inégal entre les deux parties. Le berger nie les faits de violence et d’avoir fait pâturer ses bêtes sur les communs du Sart. Toutefois, il reconnaît que, ne connaissant pas les limites territoriales, il se peut que certaines de ses bêtes aient pâturé sur les terres de l’échevin. Le premier point important est que la saisie est demandée car on considère notre berger comme un vagabond. Il s’agit d’une possibilité offerte à la justice face à un délinquant étranger. Ce dernier habite pourtant dans le village de Ruÿ, ban de Roanne, qui fait partie de la principauté. Il va devoir le prouver au moyen d’une attestation de son curé . Les témoignages contenus dans les divers interrogatoires laissent apparaître deux scénarios : l’un favorable à l’échevin, l’autre niant les actes de violence du berger. Il ne nous appartient pas de refaire le procès dont nous ne possédons malheureusement pas la sentence. De toute façon, dans les faits, c’est le berger qui est perdant, car beaucoup de pièces ont été produites dans le cadre de ce procès ; or cela coûte cher. La somme due par le berger à la Cour de Lierneux s’élève ainsi à 62 florins 1 pattar !

Toutes ces histoires laissent apparaître deux choses. D’une part, les mobiles qui conduisent à une explosion de la violence contre les représentants de l’ordre sont d’abord d’ordre financier. D’autre part, ce sont évidemment les représentants de l’ordre placés au niveau le plus bas de la hiérarchie qui sont les premiers visés. La violence est, en outre due, à une colère mal contrôlée et, signe d’une certaine forme de tabou quant à l’utilisation de la force physique contre un membre du pouvoir, dans la plupart des cas on préfère l’agression verbale à l’agression physique.

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